Les actions européennes sous-performent celles des autres marchés développés, car l’économie régionale a été particulièrement affaiblie par la crise. Mais en faisant preuve de sélectivité, les investisseurs peuvent discerner un potentiel de rendement prometteur dans des entreprises sous-évaluées qui devraient se redresser après la pandémie.

Les marchés actions européens restent en proie à d’importantes difficultés : après une nette sous-performance en 2020, l’indice MSCI Europe continue de s’inscrire en retrait du MSCI World depuis le début de l’année. Et c’est encore pire pour les valeurs décotées de la région, l’indice MSCI Europe Value ayant chuté de 11,4 % l’an passé, loin derrière son homologue mondial MSCI World Value (Illustration).

La faiblesse des actions européennes reflète l’environnement macroéconomique de la région. Le PIB de la zone euro s’est contracté de près de 6,8 % en 2020, beaucoup plus que la récession de -3,5 % des États-Unis. De plus, les marchés européens se caractérisent par une moindre représentation des valeurs de croissance qui ont prospéré pendant la crise du COVID-19, comme les groupes technologiques et les méga-capitalisations liées à la consommation aux États-Unis.

Une renaissance à venir ?

Au sortir de la pandémie, la faiblesse de l’Europe pourrait bien constituer une opportunité séduisante, en particulier pour les investisseurs adeptes des valeurs décotées (style « value »). En effet, les marchés européens comportent davantage d’actions sensibles au cycle économique, qui devraient bien se comporter dans une phase généralisée de rebond de la croissance (Illustration). De la même manière, la sous-performance accusée pendant la crise du COVID-19 pourrait aussi offrir un potentiel de rattrapage.

Pour capter cette opportunité, il convient de procéder à une évaluation équilibrée des facteurs qui ont changé l’an passé et de ceux qui sont demeurés intacts. Avec la dissipation des effets de la pandémie, la fréquentation des restaurants va reprendre, tout comme les voyages d’agrément, et les entreprises recalibreront leurs dépenses pour les adapter à une nouvelle normalité. Les consommateurs seront toujours en demande de produits moins chers et de services plus rapides, comme avant le coronavirus. La préparation de l’après-pandémie implique selon nous plus qu’un simple examen des changements induits par le COVID.

Trois types d’opportunités « post-COVID »

Les investisseurs en valeurs décotées sont bien placés pour bénéficier de cet environnement. La philosophie sous-jacente à l’investissement « value » consiste en effet à identifier les réactions excessives du marché face à des situations de controverse, et à acheter les actions offrant un potentiel non reconnu, dont les autres investisseurs se délestent. Dans le contexte actuel, nous dénombrons trois types d’opportunités :

•Les entreprises résistantes — celles qui sont beaucoup plus endurantes que ne le pense le marché

•Les champions de la transition — les entreprises qui s’adaptent efficacement à l’évolution du monde

•Le thème de la normalisation — les entreprises qui bénéficieront du retour à la normale des comportements des consommateurs et des entreprises

Souvent, les entreprises résistantes possèdent des modèles économiques qui sont sous-estimés. Par exemple, avant le COVID-19, les grands distributeurs de produits alimentaires étaient considérés comme des victimes du hard discount ou des jeunes commerces en ligne. Au Royaume-Uni, la plus grande chaîne de supermarchés, Tesco, était jugée comme particulièrement vulnérable en raison de son expansion à l’international. Pendant la pandémie, le groupe a démontré qu’un géant historique de la distribution pouvait faire preuve d’une endurance surprenante, grâce à une présence attrayante en ligne.

D’autres entreprises sont obligées de se transformer pour survivre et prospérer, a fortiori lorsqu’un choc mondial se produit. Dans le secteur technologique, les Européens sont souvent vus comme moins intéressants que les acteurs étrangers à cause notamment des forces de leurs rivaux aux États-Unis et en Asie. Mais certaines entreprises démentent ce stéréotype, à l’image de l’éditeur français de jeux vidéo Ubisoft Entertainment, créateur d’univers de plus en plus complexes répondant à l’évolution des goûts et des attentes des joueurs. Des géants tels qu’Amazon et Google n’ont pas réussi à pénétrer le marché des jeux vidéo, où le développement des contenus nécessite une culture unique fondée sur l’alliance de l’informatique avec des talents créatifs. Ubisoft continue à réinventer ses jeux et ses consoles, ce qui a soutenu la demande des joueurs assignés à résidence pendant les confinements liés au COVID-19.

Se préparer pour une nouvelle normalité

À quoi ressemblera le monde normal lorsque la pandémie disparaîtra ? Dans certains domaines, il se peut que rien ne change véritablement. Par exemple, dans l’immobilier. En Allemagne, la société foncière de premier plan Aroundtown a été affaiblie par les mesures gouvernementales autorisant les hôtels à reporter leurs paiements de loyers. Les actifs d’Aroundtown se composent à 24 % d’hôtels, à 50 % d’immeubles de bureaux et à 13 % de biens résidentiels. La stratégie de l’entreprise consiste à identifier des actifs sous-investis pour les acheter, les rénover et ensuite augmenter leurs loyers. Nous sommes convaincus qu’avec le temps, les voyages et le tourisme vont reprendre, et que les hôtels recommenceront à payer leurs loyers. Les groupes immobiliers solides, dotés d’une base d’actifs aux valorisations attrayantes, devraient alors être bien placés pour en profiter.

Certaines entreprises pourraient même bénéficier de ces trois tendances à la fois. Ainsi, le secteur automobile, où la demande en voitures électriques s’envole tandis que la pandémie risque de pousser de plus en plus de gens vers des territoires plus ruraux, ce qui dopera les besoins en véhicules quand la croissance économique repartira. Les actions de Faurecia, un équipementier français à l’activité rentable, ont fléchi dans le sillage du ralentissement de la demande mondiale en véhicules en 2020. L’entreprise possède des opérations résistantes et se situe au cœur de la transformation du secteur automobile, en vendant des composants de plus en plus sophistiqués utilisés à la fois dans les voitures électriques et traditionnelles. Nous pensons que les ventes de véhicules vont finir par se redresser et bénéficier aux acteurs qui interviennent en coulisses, et qui font partie intégrante du paysage automobile

Attention aux fondamentaux et aux flux de trésorerie des entreprises

Il ne fait aucun doute que des entreprises comme celles que nous venons de décrire (même avec un rayonnement international) traversent des conditions éprouvantes en Europe. Mais avec l’accélération des programmes de vaccination, le redémarrage des économies et les effets de la relance budgétaire, la dynamique économique devrait initier un retour à la normale, quand bien même celui-ci prend plus longtemps que dans d’autres régions.

L’identification de cibles d’investissement prometteuses exige de porter une attention lucide aux fondamentaux des entreprises et à leur génération de flux de trésorerie plutôt qu’à l’expansion des multiples, facteur à l’origine de l’envolée des valeurs à forte croissance ces dernières années sur la base des anticipations de bénéfices. Les conditions s’améliorant, il est possible de capter du potentiel de rendement dans la reprise sur le long terme, en recherchant un potentiel de création de valeur parmi les entreprises résistantes, les champions de la transition et le thème de la normalisation en Europe.

Tawhid Ali est Chief Investment Officer — European Value Equities chez AllianceBernstein (AB)

Andrew Birse est Portfolio Manager—European Value Equities chez AB

Les opinions ici exprimées ne sauraient être considérées comme une recommandation en vue de réaliser une quelconque transaction, un conseil en investissement ou le résultat de recherches. Elles ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’ensemble des équipes de gestion de portefeuille d’AB et peuvent évoluer à tout moment.

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